La voiture s’était arrêtée devant chez Evans. Evans, le patron du « Ty Guern » à Plounévez, était un gallois, c’est-à-dire un homme de la race de Perceval, peuple dont il est dit quelque part dans un roman de chevalerie qu’ils sont « gens si violents et si excessifs que si un fils trouve son père gisant agonisant après un long alitement, il le tire hors du lit par la tête ou par les bras et le tue sur-le-champ car on lui imputerait à honte que son père mourût en son lit. » Il exploitait un filon juteux, celui des amateurs d’authenticité locale, et pouvait se permettre d’être le patron le plus désagréable du monde avec les clients dont la tête ne lui revenait pas. Car son bar était unanimement reconnu comme l'un des plus authentiques de Bretagne, à égalité même avec le Ty Bedeff de l’île de Groix. Terre battue au sol, cheminée monumentale, tables de chêne, musiciens tapant le boeuf-gavottes, fûts de Coreff en tas devant le comptoir et vieilles affiches de festou-noz noircies par la fumée faisaient son succès. Evans nous accueillit en rugissant :



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